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Parrainage des candidats à la présidentielle de 2019 : un système, mille postures !

Quoique contesté par le pôle des non-alignés et celui de l’opposition au Cadre de concertation sur le processus électoral, le système de parrainage des candidats à la présidentielle reste, jusqu’à nouvel ordre, la formule de la majorité pour…rationaliser les candidatures et les partis politiques aux joutes de 2019. Sud quotidien rebondit sur la proposition de la mouvance présidentielle en sollicitant les appréciations de certains analystes politiques sur la question. Points de vue croisés du Pr Ibou Sané de l’Ugb) de Saint-Louis, de l’analyste politique Momar Diongue, et de l’expert en communication et marketing politique Momar Thiam.
IBOU SANE, PROFESSEUR DE SOCIOLOGIE POLITIQUE A L’UGB : «Plus on élève la barre, plus on aura des candidatures de qualité»

Comme vous le savez, le Sénégal a beaucoup de partis politiques. D’aucuns disent même qu’on tournerait autour de 280 partis. Ce qui est inacceptable pour un pays de 15 millions d’habitants. C’est le même constat que nous faisons au niveau des centrales syndicales. C’est le paradoxe de la démocratie. Plus les portes sont ouvertes, plus les acteurs ont tendance à se jouer de la démocratie. En réalité, comment peut-on concevoir que quelqu’un qui soit incapable d’avoir un poste à l’Assemblée nationale puisse venir jouer au trouble-fête au niveau de la présidentielle qui est une élection très sérieuse ? A mon avis, il fallait corser davantage les mesures pour que le Sénégalais lambda ne soit pas tenté de venir se jouer de nos maigres ressources. Parce que, si vous regardez la dernière élection, vous vous rendez compte qu’il y avait 47 coalitions. Si on demandait aux partis politiques d’aller seuls aux élections, vous imaginez les problèmes que le ministre de l’intérieur aurait pour organiser ces élections. Dans ces conditions, comment voulez-vous qu’il n’y ait pas de problèmes ?  Je pense même qu’il fallait corser davantage la caution, l’amener à plus de 100 millions de F Cfa. Parce que, quand on perd cette somme, on ne va pas plus recommencer. Il faut voir là où vient l’argent, parce qu’il y a des gens qui sont parrainés pour faire tomber des chefs d’Etat. Malgré cette somme, les gens continuent à venir encore. La deuxième trouvaille est le parrainage. De 10 000, on est presqu’à 50 000. Les gens trouvent encore que c’est trop dur. Moi, je pense qu’il faut encore élever la barre. Parce que plus on élève la barre, mieux on aura des candidatures de qualité, des gens capables d’avoir des projets de société viables, des gens capables d’avoir un projet économique à mesure de faire le contrepoids au Programme Sénégal Emergent…Je pense qu’il faut qu’on sache raison garder et qu’on travaille pour avoir des candidatures de qualité, à travers des coalitions fortes, ne serait-ce que pour inquiéter le parti au pouvoir. Parce que le parti au pouvoir ne travaillera que lorsqu’il sait qu’il est contraint par la pression de l’opposition ou d’une société civile très forte. Si on amène le parrainage à un niveau très bas, vous verrez qu’il sera très difficile d’organiser des élections au Sénégal.

MOMAR DIONGUE, JOURNALISTE ET ANALYSTE POLITIQUE : «Rien que la caution est assez prohibitive, on n’a pas besoin d’un système de parrainage»

J’ai une réponse assez mitigée sur la question. Parce que d’une part, on pourrait comprendre que le système de parrainage puisse être instauré pour deux raisons. La première raison est qu’il y a quand même une faveur qu’on faisait jusque-là aux partis et qui consistait pour eux à pouvoir présenter un candidat, sans être assigné à la même obligation qu’un candidat indépendant à qui il lui était demandé jusque-là de mettre sur la table 10 000 signatures pour candidater à la présidentielle. Ce qui n’était pas le cas de certains partis. On voyait des partis qui étaient loin d’avoir 10000 militants, mais qui pouvaient pourtant donner leur récépissé à quelqu’un pour se présenter comme candidat. En instaurant le système de parrainage, cette rupture d’égalité entre candidats indépendants et ceux des partis peut être levée.

La deuxième chose est que quelque part, le parrainage pourrait contribuer à faire face à la pléthore de candidatures qu’il pourrait y avoir à une élection. Je pense que les gens ont été traumatisés par ce qui s’est passé lors des législatives avec 47 listes en compétition. Il me semble que quelque part, ceux qui proposent que ce système de signature et de parrainage visent à dissuader certains à se présenter. Mais cet argument-là pourrait être battu en brèche par ceux qui considèrent que rien que la caution, estimée à 65 millions, est assez dissuasive par rapport à la multiplication des candidats… Moi, je considère que rien que la caution est assez prohibitive pour certains et qu’on n’a pas besoin d’un système de parrainage.

L’autre chose qui fait aussi que je prends avec les pincettes ce système de parrainage, c’est qu’on est dans un contexte particulier où il est souvent reproché au président Macky Sall de s’engager dans une entreprise de liquidation de ses potentiels adversaires pour 2019. Alors, quand on instaure le système de parrainage dans un contexte comme celui-là, il peut y avoir des soupçons quant à la volonté réelle du président et son camp…Je considère que cette question de parrainage devrait être mûrement étudiée. Je pense que d’ici la présidentielle, il me parait difficile, compliqué, même très risqué, et compte tenu du contexte de suspicion dans lequel on est, d’opérer un système de parrainage. Poser ce problème maintenant et vouloir coûte que coûte le trancher et l’imposer, je crois que ça va attirer des soupçons autour de la volonté du pouvoir en place qui, par d’autres méthodes, a déjà éliminé un candidat sérieux et est en passe d’éliminer un autre.

DR MOMAR THIAM, EXPERT EN COMMUNICATION ET MARKETING POLITIQUE : «Là où on a raté le coche, c’est de ne pas avoir un système d’abord pour limiter les partis»

Dans les démocraties à l’occidentale, le parrainage est d’abord un moyen donné aux élus de désigner des candidats potentiels, parce que ce sont les élus qui opposent leurs signatures. Ensuite, ça permet au pouvoir de faire un peu le ménage autour de l’élection pour éviter une multitude de candidatures. Pour un pays comme le Sénégal avec moins de 15 millions d’habitants, vous avez pendant la présidentielle, à part ceux que j’appelle candidats majeurs, issus de partis de grande envergure comme le Ps, le Pds, l’Apr et autre Rewmi, une multitude de candidatures qui viennent de tous les horizons. Quelque part, vous avez des candidats qui viennent de la société civile, du monde syndical, du monde médiatique, etc. C’est d’une certaine façon un enrichissement de notre démocratie. Maintenant, si le pouvoir met en place ce système de parrainage pour épurer les élections à cause de cette multitude de candidatures, certains y verront un peu un moyen d’évincer certains candidats et d’autres peut-être un moyen pour le pouvoir de réduire les chances des autres candidats. Si le système de parrainage passe d’abord par les élus, c’est-à-dire les maires, les présidents de conseils départementaux, etc., on peut soupçonner derrière, de la part de l’opposition, une manœuvre du pouvoir pour empêcher cette multitude de candidatures afin de ne pas effriter le vote en défaveur du pouvoir. Certains dénoncent cela, parce qu’ils pensent que cela contribue à diminuer les chances de l’opposition d’accéder au pouvoir et cela contribue à renforcer le pouvoir par une réduction de candidatures potentielles. Je pense que, là où on a raté le coche pour les pouvoirs qui se sont succédé, c’est de ne pas avoir un système d’abord pour limiter les partis et faire barrage aux partis cabines téléphoniques. Depuis même 2000, vous avez des multitudes de candidatures qui sont des candidatures de recherche d’opportunisme politique, pour ne pas dire que ce sont des personnes qui profitent de la présidentielle pour pouvoir se positionner afin de monnayer plus tard leurs quelques voix qui ne sont pas en général élevées. Donc, légitimement, le pouvoir peut se dire que pour avoir quelque part des élections normales, mieux organisées, pour ne pas aussi tomber dans l’euphorie du nombre, comme ça été le cas avec les Législatives, pourquoi ne pas trouver un système de parrainage qui fera qu’effectivement, les élus puissent désigner de par leurs signatures des candidats. Et que, sur cette base, qu’on puisse avoir des candidatures limitées, assez raisonnables pour organiser les élections. Vu sur ce registre, c’est quand même une bonne chose.

Sud Quotidien

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