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Emmerson Mnangagwa, le nouvel homme fort du Zimbabwe

Au Zimbabwe, l’ancien vice-président Emmerson Mnangagwa devrait être nommé mercredi président par intérim, après la démission de Robert Mugabe. Portrait de celui dont la chute a entrainé celle du plus vieux chef d’État au monde.

C’est une journée historique pour le Zimbabwe. Dans une certaine mesure, elle l’est aussi pour le monde entier puisque que le plus vieux chef d’État en exercice de la planète, Robert Mugabe, a remis sa démission mardi 21 novembre après 37 ans de règne.

Cette annonce surprise, alors qu’il semblait vouloir s’accrocher au pouvoir après la prise de contrôle par l’armée du pays dans la nuit du 14 au 15 novembre, a provoqué des scéne de liesse dans les rues de la capitale Harare. Du jamais-vu dans ce pays dirigé d’une main fer par le vieil homme de 93 ans, et où toute forme d’opposition était bâillonnée.

La chute de Robert Mugabe est la conséquence directe de celle de son vice-président Emmerson Mnangagwa, «limogé» avec effet immédiat, le 6 novembre. La Première Dame, Grace Mugabe, n’est pas étrangère à cette brutale éviction, elle qui convoitait ce poste, parfait tremplin pour accéder à la fonction suprême qu’elle ne cachait plus vouloir s’accaparer. Un scénario de succession dynastiqueimpensable pour l’armée.

Dimanche, Emmerson Mnangagwa, 75 ans, a été propulsé à la tête du tout puissant parti au pouvoir, la Zanu-PF, après l’évincement de son fondateur Robert Mugabe. Il a été désigné dans la foulée candidat à la prochaine éléction présidentielle, théoriquement organisée en 2018. Et les soutiens ont vite afflué : les très influents anciens combattants, les cadres du parti et la rue. Les mêmes qui lâchent Robert Mugabe

En exil depuis son évincement, Emmerson Mnangagwa devrait très vite revenir à Harare, puisque le parti a annoncé dans la soirée qu’il serait nommé mercredi président du pays par intérim, lui qui fût un pilier du régime Mugabe, tour à tour ministre de la Justice, des Finances, du Logement, de la Défense et vice-président à partir de 2014.
‘Il va vraisemblablement devenir le nouveau président du pays », assure Virginie Roiron, maître de conférences à Sciences Po Strasbourg, spécialiste du Zimbabwe, interrogée par France 24. « Mais que va-t-il faire ? Va-t-il devenir un nouvel autocrate ? Va-t-il subir des pressions de la communauté internationale pour le contraindre à une ouverture avec l’opposition ? Va-t-il faire des concessions afin de rassurer les investisseurs internationaux et restaurer l’économie du pays ? Il y a beaucoup d’espoir mais aussi beaucoup de questions sur l’attitude qu’il va adopter. »

Emmerson Mnangagwa n’est en effet pas connu pour sa magnanimité, bien au contraire, ce qui lui vaut d’ailleurs son surnom de « crocodile ». Né le 15 septembre 1942 dans le district de Zvishavana, dans le sud-ouest d’un Zimbabwe alors britannique et appelé Rhodésie, le jeune Emmerson a grandi en Zambie. Fils d’un militant anticolonialiste, il rejoint au milieu des années 1960 les rangs de la guérilla indépendantiste contre le pouvoir colonial.

« Quand Mnangagwa a 17 ans, Mugabe l’envoie en Chine pour former le noyau de l’armée de la ZANU-PF, la ZANLA. Mnangagwa revient en Rhodésie, participe à l’organisation d’un sabotage de voie ferrée et au meurtre d’un fermier blanc. Il est arrêté, condamné à mort, et gracié parce qu’il est mineur. Il se retrouve en prison avec Mugabe, où ils vont passer 5 ans ensemble », explique le diplomate français Daniel Jouanneau, ancien consul général à Salisbury, la future Harare, interrogé par RFI. « Emmerson Mnangagwa a été l’un des premiers compagnons de route de Robert Mugabe », occupant une position « stratégique » au moment de l’indépendance de la colonie britannique en 1980, rappelle l’ancien ambassadeur.

À cette époque, Emmerson Mnangagwa est nommé chef du service des renseignements. En 1983, il est à la manœuvre de la brutale répression contre des opposants dans les provinces dissidentes du Matabeleland et des Midlands. Le bilan n’a jamais été confirmé, mais elle aurait fait environ 20 000 morts. « Il était l’homme de la répression dans les années 80 », assure Florent Geel, responsable Afrique de la Fédération des droits de l’Homme (FIDH).

En 2008, Emmerson Mnangagwa est chargé des élections auprès du président et dirige les fraudes et les violences qui permettent à Robert Mugabe de conserver le pouvoir malgré sa défaite au premier tour.
Cette même année, un câble diplomatique américain, révélé par WikiLeaks, évoquait « un patrimoine extraordinaire », en partie amassé lorsqu’il a aidé le président Laurent Kabila à combattre les rebelles en République démocratique du Congo (RDC).

« Celui qui théoriquement devrait récupérer la mise, ce vice-président évincé sur un caprice, une foucade de Grace Mugabe, ne peut en aucun cas incarner un nouvel élan démocratique puisqu’il est lui-même l’archétype de l’apparatchick sécuritaire. C’est quand même lui qui a tenu la boutique du renseignement et de la police pendant des lustres dans ce pays », estime le journaliste Vincent Hugeux, spécialise du continent Africain à l’Express.

Mais à Harare, mardi soir, la joie du départ du despote qui a conduit le pays à la ruine dominait. Un vent de liberté a enfin soufflé. Et dans le centre de conférence de Harare, des manifestants ont démonté sous les vivats, un portrait Robert Mugabe. Le remplaçant immédiatement… par celui d’Emmerson Mnangagwa, barré du slogan « Viens nous aider ».

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